Pour sortir du délire sécuritaire

Police officers in riot gear monitor a rally from the State Capitol to the Xcel Center, site of the Republican National Convention (RNC), in St. Paul, Minnesota, U.S., on Monday, Sept. 1, 2008. The RNC will be held from Sept. 1-4. Photographer: Keith Bedford/Bloomberg News

Vers de véritables solutions à la violence.

Les solutions  proposées par nos gouvernements pour faire face aux problèmes récurrents de violences politiques reposent sur l’investissement dans les technologies et de coûteuses infrastructures de surveillance De toute évidence, leurs interventions sont bien loin de régler le problème. Cela demeure vrai aussi bien pour la France affectée par les violences terroristes depuis des décennies que pour les États-Unis où la violence à résonnance politique rappelle la triste époque de la ségrégation raciale.

Échec de la rigidité sécuritaire

L’année dernière, suite aux attentats du 13 novembre à Paris, l’Assemblée Nationale a voté l’instauration de l’état d’urgence en France pour une durée de 3 mois. Cette mesure implique, entre autres, la suspension des règles habituelles de contrôle des pratiques policières et l’interdiction de tout rassemblement public. L’interdiction ne s’applique pas, curieusement, aux événements commerciaux mais seulement aux initiatives militantes et citoyennes. »  Avec l’attentat-suicide survenu dans la ville de Nice, la population est assujettie à un état d’urgence qui rime bien avec restrictions de droits civils. L’État d’urgence a été prolongé et on n’en voit pas venir la fin. Les mesures d’urgence qui ont suivi l’attaque du Bataclan, en vigueur depuis plusieurs mois, ont été ensuite prolongées pour trois mois.

 

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Aux USA, après des incidents meurtriers, considérés comme le résultat de la brutalité policière, des membres des communautés afro-américaines et des « ripostes » mortelles d’ex-militaires noirs sur des policiers, c’est le délire de la course aux armes qui semble avoir atteint un sommet. D’une part, la récente convention républicaine confirmant Donald Trump comme candidat républicain à la présidentielle illustre parfaitement l’ampleur du délire. Aussi voyons-nous d’un côté les militants politiques armés jusqu’aux dents, qui revendiquent le droit de porter l’arme de combat dans la salle de convention et, de l’autre, une armée de plus de 5 000 policiers qui portent des armures paramilitaires aux allures de véritables « Robocops ».

Mais gageons que tout ce surinvestissement dans l’armement des services de sécurité, dans les forces policières et unités de réserve ne mène qu’à une impasse. L’épuisement de cette forme d’intervention ne peut qu’être anticipé. Nous sommes tous prêts à reconnaître qu’on ne peut mettre un policier derrière chaque citoyen.

Mais dès lors, que fait-on lorsque la menace est insaisissable, lorsqu’elle peut émerger de partout à n’importe quel moment?

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Principe élémentaires de sécurité, le bon diagnostic

Depuis plusieurs décennies, tant aux États-Unis qu’en Europe, on en revient toujours aux thèses du terrorisme ou de simples actes criminels isolés pour expliquer les tueries. Ce qui laisse pendantes bien des questions qui méritent d’être posées si l’on veut déterminer la nature du problème avant de s’y attaquer.

Une constante émerge pourtant. Les individus à l’origine de ces gestes politique d‘éclat proviennent dans une écrasante majorité de groupes minoritaires marginalisés, on pourrait même dire opprimés. Dans le ferment des problèmes sociaux, économiques et psychologiques, ces personnes cumulent généralement des caractéristiques évidentes de personnalités suicidaires. À ce cocktail potentiellement dévastateur vient souvent s’ajouter une formation militaire, la disponibilité tous azimuts des armes à feu, l’omniprésence des médias eux aussi instigateurs indirects, énergisant la fascination pour toute forme de médiatisation, l’étalement de sa propre vie. Que ce soit pour venger des noirs assassinés par des policiers en fonction ou pour soutenir la ligne de défense islamiste radicale au Moyen-Orient, la cause politique assure une résonance à l’acte. Pour qui veut en finir, le choix n’est-il pas clair entre disparaître avec le sentiment d’une vie d’échec et poser un geste dont on parlera longtemps ?

Les remèdes qui s’imposent

Il est urgent de bien identifier les communautés marginalisées par nos politiques sociales et économiques.  Les personnes vulnérables aux sentiments de désespoir profond s’y retrouvent souvent, que ce soit les minorités culturelles, les groupes d’intérêts ou d’affinités diverses.

La consolidation de services socio-économiques autour de ces groupes est le premier geste à poser. On doit y soutenir les intervenants clés et fournir l’appui en vue d’y repérer les individus qui réunissent les conditions propices au désespoir. Le repérage des préconditions de détresse meurtrières ou suicidaires devrait figurer parmi les priorités dans l’intervention sociale et communautaire préventive contre ces gestes irrationnels. Les communautés doivent être équipées pour détecter et établir rapidement des liens significatifs avec ces personnes.

Ces individus ont besoin d’un accompagnement préventif et d’un soutien de proximité; tant au niveau de leur santé que d’une assistance à la relance de leur conditions de vie. La prévention des gestes de terreur passe probablement par la consolidation des services communautaires de prévention des violences dans les communautés marginalisées. Ce n’est certainement pas en condamnant ces groupes, en leur faisant porter la responsabilité des actes posés par leurs membres les plus vulnérables et en attisant les propos et geste discriminatoires à leur égard qu’on réduira l’occurrence de ces gestes d’individus désemparés. La lutte au désespoir passe par l’assistance bien ciblée.

On parle ici en fait de détection avancée des situations de détresse dont l’isolement social est souvent une composante importante. Plusieurs mécanismes de consolidation des liens communautaires peuvent agir pour une détection avancée.

Il n’est donc pas surprenant de trouver dans le plus récent rapport du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal « un portrait d’une combinaison d’éléments, notamment l’intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, parfois d’aventure. Ces jeunes peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles et souvent aux prises avec un malaise identitaire, tout en éprouvant le besoin d’appartenir à un groupe. »

L’ère des terreurs

L’impact des mesures de sécurité est à court terme.  Souvent l’idée est de dissuader la conduite de nouveaux actes de terreur. Bien sûr, lorsque la prémisse est l’acte terroriste, on enquête sur les complices, les relations des individus et sur ses liens avec des réseaux politiques organisés. A l’ère des médias sociaux, les liens qu’il est possible d’établir entre un individu et une foule de personnes et de causes sont nombreux, et peuvent être trompeurs.

Les connexions Facebook avec un certain nombre de personnes soutenant des idéologies suprémacistes noir, pro-palestinienne, islamisantes, complottiste ou anarchiste ne prouvent absolument rien sur les allégeances et croyance d’une personne. Les utilisateurs de réseaux sociaux savent bien que lorsque l’on a entre 500 et 700 relations sur Facebook, la connexion avec des personnes a pu s’établir sur la base de plusieurs types d’opinions et de conversations; sur de nombreux sujets. Ces liens de communication ponctuels n’indiquent en rien une affinité directe entre les personnes.

La piste du radicalisme politique dans l’univers des connections d’avis peut prendre la forme d’un labyrinthe sans issue ou mener à des conclusions tendancieuses. A moins de déclarations sans équivoque, on peut gaspiller de précieuses ressources inutilement.

Reconstruire des assises communautaires

Comme terrain d’intervention, le rééquilibrage des écarts économiques entre les communautés dominantes et les communautés marginalisés pourrait s’avérer une avenue d’intervention en prévention beaucoup plus judicieuse que celle de multiplier les enquêtes. Le soutien actif aux réseaux communautaires les plus dynamiques dans ces communautés; et la mise en place de service de première ligne d’identification et d’assistance aux individus en détresse pourrait permettre de réduire les conditions menant aux actes de désespoir que sont le suicide et dans la majorité des cas les tueries, perpétré par vengeance ou par allégeance à une cause.

Disons que la cause devient souvent bien pratique pour donner un sens à un geste insensé.  Les personnes actives dans une communauté marginalisée sont probablement celles qui sont les mieux placées pour repérer les individus qui pourraient vouloir poser des gestes d’agression publique.  Le travail de ces personnes doit être valorisé et soutenu.  Mais on doit aller beaucoup plus loin, les milieux communautaires doivent être en mesure d’accompagner les individus vulnérables et leurs proches.  Un processus de soutien réel et de co-éducation qui vise à désamorcer une situation de crise doit se mettre en place. On parle d’une forme d’accompagnement pluridisciplinaire qu’aucune instance publique ne sera capable d’offrir.  Les communautés vulnérables doivent être outillées pour pouvoir effectuer ce type d’accompagnement.

De timides premiers pas

La route est longue vers une sortie du délire sécuritaire ambiant.  Un très grand nombre de politiciens propulsent toujours leur carrière politique par la stimulation des peurs et des angoisses populaires. Les structures sécuritaires au Québec sont toujours aussi enfermées dans leurs cadres corporatistes et protègent sans partage leurs pouvoirs. On a qu’a constater le nombre d’incidents, les pressions sociales et politiques qui ont été nécessaire pour que le gouvernement du Québec en vienne à créer une commission d’enquête indépendante relative aux interventions policières causant la mort de personnes, on est bien loin d’un partage des ressources sécuritaires misant sur une prévention citoyenne.

L’important poids économique que constitue l’appareil sécuritaire nécessiterait une implication directe des citoyens.  Les citoyens pourraient via une Commission civile de sécurité publique, s’investir à faire transiter une part importantes des ressources des approches de surveillance et de répression, vers des approches préventives de soutien aux organisations civiles de proximité des individus vulnérables. Il est peu probable que les instances policières et militaires actuelles changent adéquatement leurs perspectives. Les meilleurs équipements et technologies sont toujours les avenues les plus sujettes à assurer la protection des « Forces de l’Ordre ». La prévention est toujours perçue comme un complément utile afin de sensibiliser aux enjeux de sécurité.

Le plus ahurissant dans un tel contexte est le fait que nous connaissons les moyens à prendre pour agir, mais ce sont nos contraintes structurelle qui risquent de rendre la mise en place de véritables solutions une possibilité.