Réactions suite au texte « Les enfants-soldats de l’armée canadienne »

Réponse de l’auteur du texte « Les enfants-soldats de l’armée canadienne » à la lettre «Les cadets ne sont pas des enfants-soldats», publiée dans Le Devoir le 19 mars :

Monsieur Bailly,

Dans votre réponse à ma réflexion sur les cadets comme outil de recrutement des Forces canadiennes, vous affirmez que mon texte est « sans fondements ni nuances, et est tout aussi faux que décevant ». Le site internet des Forces canadiennes définit le Cadre des instructeurs de cadets (CIC), un organisme que vous semblez considérer comme « civil », ainsi:

« est formé d’environ 4 500 officiers commissionnés des Forces canadiennes, dont la fonction première est la sécurité, la supervision, l’administration et l’instruction de près de 56 000 cadets. Le CIC est une composante de la Réserve des Forces canadiennes, et il représente les trois éléments, soit la marine, l’armée de terre et la force aérienne. Les cadets dont le CIC est responsable sont âgés de 12 à 18 ans, et ils sont réunis dans quelque 1 115 corps et escadrons un peu partout au Canada. » www.dnd.ca/site/Newsroom/view_news_f.asp?id=551

Ainsi, j’ai beaucoup de difficulté à comprendre votre affirmation:

« Il n’y a aucun militaire, ni de la réserve ni de l’armée régulière, qui a le pouvoir de donner un ordre à un cadet de quelque rang que ce soit dans le cadre des activités régulières. »

Vous soulignez aussi que l’appel du Général Hillier ne ciblait que les jeunes de 17 à 25 ans. Je reprends ici textuellement les propos du général lors du lancement de l’ « Opération connexion »:

« Le recrutement est l’affaire de tout le monde. Je m’attends à ce que chaque marin, soldat, aviateur ou aviatrice reconnaisse son rôle en tant que recruteur potentiel des FC… »

Puis il poursuit:

« Téléphonez à l’école de vos enfants ou à la résidence pour personnes âgées où habite votre grand-mère pour demander si vous et (ou) d’autres membres de votre unité pouvez aider à planifier une Journée des Forces armées ou à établir un programme pour le jour du Souvenir ou encore organiser une visite du musée militaire local. Si la réponse est positive, parlez-en au commandant de votre unité et sollicitez la participation de vos collègues. »

www.dnd.ca/hr/cfpn/frgraph/3_06/3_06_admhrmil_op-connection_f.asp

L’impact d’une telle déclaration sur un « Officier cadet » me semble sans ambiguïté.

Dans votre texte, le raisonnement sur le recrutement laisse entendre que l’armée ne recrute que peu de militaires par le biais des cadets. Si je comprends bien, selon vos informations, seulement 40 % de ceux qui font le niveau 5 des cadets deviennent militaires. Si je ne m’abuse, il n’est pas nécessaire d’atteindre le niveau 5 des cadets, pour joindre l’armée, un secondaire 3 suffit. On voit donc les avantages de ce mouvement pour l’armée. Combien de jeunes passent quelques temps dans les cadets, et joignent les « soldats du rang » soit en tant que réserviste, ou soldat régulier? Le Bureau des cadets refuse de répondre à cette question. Normalement, les officiers ne constituent qu’une faible portion des effectifs des Forces.

Les documents du Ministère de la Défense soulignent que: « Les Organisations des cadets du Canada (OCC) constituent le plus large programme jeunesse subventionné par le gouvernement fédéral. En collaboration avec les ligues des cadets, le Ministère de la Défense nationale et les Forces canadiennes encouragent les jeunes à participer à une gamme d’activités physiques et intellectuelles, tout en leur permettant d’acquérir de précieuses habiletés personnelles et professionnelles, sous la direction du CIC. Le programme des cadets développe chez les jeunes le leadership, le civisme et la bonne forme physique, tout en stimulant leur intérêt pour les éléments mer, terre et air des Forces canadiennes. Les membres du CIC sont des officiers brevetés des Forces canadiennes qui donnent des cours d’instruction militaire axés sur la jeunesse. « 

Il me semble que le simple citoyen doit avoir son mot à dire sur la question. C’est lui qui finance en bonne partie les activités de ce mouvement. De plus, nous sommes en situation de guerre et de recrutement intensif des Forces canadiennes, n’est-ce pas?

Comprenez-moi bien, je ne dénigre pas les valeurs citoyennes que le mouvement transmet aux jeunes. Mais affirmer, comme de nombreux messages que j’ai reçu l’ont fait, que ce sont de « meilleurs citoyens » que ceux générés par le mouvement scout, les milieux sportifs, les maisons de jeunes et les centres communautaires, me semble un peu prétentieux. Je ne vois personnellement pas pourquoi ces valeurs citoyennes devraient être transmises par une organisation militariste. Il faut penser à une démilitarisation du mouvement des cadets, le fusionner au mouvement civil scout et fournir un meilleur soutien gouvernemental à ces mouvements jeunesses, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Europe.

Il y a ici deux possibilités. La première, l’information que transmet les Forces canadiennes sur les cadets de l’armée est fausse, ou très confuse, difficile à saisir pour le commun des mortels. La seconde, les personnes qui font partie du mouvement des cadets refusent de voir la réalité, et sont instrumentalisés pour le recrutement sans qu’ils ne le réalisent vraiment.

Normand Beaudet

Pour davantage d’information sur les cadets et le recrutement militaire : www.AntiRecrutement.Info