Luttes étudiantes

Entre la violence et la non-violence

Encore une fois, le débat entre la violence et la non-violence émerge d’une lutte sociale, elle fut au cœur du mouvement des indignés Occupons Montréal;  et cette fois elle colore la lutte des étudiants.  Le gouvernement Charest a tenté d’imposer la condamnation des gestes de violence pour accepter la CLASSE à la table de négociation, la CLASSE condamne certaines actions précises ayant mené, ou ayant pu mener à des situations de violence envers les personnes; mais revendique le droit à certaines formes de désobéissance civile.

Violence:

http://www.irnc.org/NonViolence/Lexique/1.ConceptsIntroducteurs/Items/6.htm

Le cœur du débat fut occulté pendant les dernières semaines. La hausse des frais de scolarité est-elle l’annonce de la fin des politiques d’accès universel aux études universitaire, la pièce maîtresse de la révolution tranquille?  Ou est-ce un simple rééquilibrage prévoyant d’un gouvernement préoccupé par la juste répartition sociale des frais d’éducation assumés par un État providence trop endetté?  Les étudiants devraient-ils payer plus, ou se faire donner les moyens de payer?  La violence de la dernière semaine a pris le dessus.

Comment est-il possible de dénouer l’impasse?  Comment ne pas revenir à la case départ dès que les discussions déraperont?  Mieux comprendre les mécanismes de la violence et de la non-violence peut aider.

Les moyens d’action, la confusion

Balles de plastique tirées par les policiers, Victoriaville, 2012. (Photo: inconnu)

Balles de plastique tirées par les policiers, Victoriaville, 2012. (Photo: inconnu)

Comme c’est souvent le cas dans les luttes sociales qui perdurent, la réalité terrain parvient à occulter les véritables enjeux.  Les confrontations physiques génèrent la peur; tant dans le camp des manifestants que des policiers.  Les tensions émergent, et de plus en plus rapidement les manifestations dégénèrent en violence, on en a vu un bon exemple lors du Congrès de Victoriaville.  Puis les deux camps s’accusent mutuellement d’être à l’origine des violences.  Plus le temps avance, plus l’exaspération se fait sentir, plus les peurs font leur effet, et plus rapidement les violences émergent.  Les mécanismes qu’on a pu observer lors des émeutes relatives au Salon du Plan Nord et au Congrès du parti Libéral sont connus et parfaitement bien documentés; on parle d’une spirale de la violence qui s’installe.

Victoriaville, 2012. (Photo: inconnu)

Victoriaville, 2012. (Photo: inconnu)

Comme dans les guerres, les guérillas et les confrontations civiles violentes; l’acceptation ou la condamnation des actes de violence (agressions militaires meurtres bombes etc…) prend le dessus sur les enjeux.  Les peur s’installent dans les camps adverses et le discours dérape sur la partie au conflit la plus vertueuse.  Certains croient que « le bon » devient celui qui, par la parole, affiche sa révulsion face à la violence.  Souvent cette possibilité de paraître vertueux est du côté du pouvoir comme l’illustre le discours de la Ministre de l’éducation; de celui qui en a véritablement les moyens d’imposer sa volonté.

Escalade vs désescalade

Dans un tel contexte, on oublie trop souvent que la clé de l’escalade; ou de la désescalade d’un conflit ne se situe pas dans les mots, mais sur le terrain.  L’acteur le plus responsable est celui qui met en place les mesures pour éviter de nourrir les comportements violents lors des confrontations.  Dans la situation qui nous concerne, la non-violence n’est pas une question de discours.  C’est la question de faire ce qu’il faut pour mettre en place les moyens capables de réduire les possibilités de dérapages violents.  Des marches solidaires, qui prennent la rue comme ce fut le cas pour le jour de la terre, peuvent agir comme un baume atténuant les radicalisations et redonner espoir.

Du côté des autorités, elles peuvent facilement réduire la présence de forces matraquées et casquées.  Il est possible de graduer les lignes de protection en place et d’éviter d’attiser les appréhensions et les peurs.  En saisissant que la judiciarisation ne fait que radicaliser les positions, il est possible pour les autorités de mieux encadrer ces démarches, de ne pas les encourager.  Il est possible de faire appel à des groupes intermédiaires pour gérer les débordements par exemple un service d’ordre citoyen non-violent. Souvent les syndicats sont organisés en ce sens pour éviter les face à face qui dégénèrent, on peut aussi avoir recours à la présence d’observateurs internationaux objectifs, chargés de dénoncer les provocations.  L’utilisation de plus en plus systématique des moyens de contrôle et de dispersion des foules accélère l’interventionnisme, et tend à restreindre la liberté d’expression; et par le fait même à attiser les frustrations lors des manifestations, on constate que c’est une épée à double tranchants.  Le droit de manifester s’atrophie.  La pente est glissante vers le désespoir qui  engendre la violence.  Le recours à des forces policières au service de l’état ne remplace jamais le dialogue ouvert et inconditionnel, indispensable au désamorçage des conflits.  Cette ouverture n’arrive que bien tard dans le conflit.

Les organisateurs de manifestations ont aussi la possibilité de contribuer à désamorcer la crise en maintenant une discipline et en gardant un contrôle minimal sur les groupes de manifestants.  Une meilleure formation à l’action non-violente et à la désobéissance civile, des consignes claires sur le comportement à avoir lors des manifestations peuvent éviter l’infiltration d’agitateurs lors des actions.  Le recours à un service d’ordre autonome dans les diverses actions et un contrôle volontaire pour éviter le port d’objets dangereux et de masques font aussi parti des mesures préventives qui peuvent être prises.  La désobéissance civile, le refus d’obéir à une loi injuste, peut rester non-violente.  En fait les formes violentes ne sont souvent pas associé à la désobéissance civile ou il y a totale acceptation par le manifestant des conséquences de ses actes. La diversité des tactiques, multipliant les moyens d’action, improvisant les trajets, variant entre les actions d’interposition et procédant à la nuisance économique ciblée sont autant de moyens qui ont démontré la créativité et la puissante force de l’action non-violente chez les étudiants.

Les explosions occasionnelles de violences ont-elles nuit, ou contribué à la cause?  L’action purement non-violente d’interposition menant à de multiples arrestations aurait-elle jouée le même rôle d’exposition médiatique?  Auraient-elles pu gagner une plus grande sympathie de la population à la cause?  Qui sait?  Chose certaine, la persistance et la détermination des étudiant ne fait plus de doute et semble révéler un malaise social beaucoup plus profond que la simple question de l’augmentation des frais d’étude, serions-nous face à l’apparition d’une scission entre les générations.

On constate présentement que le démarrage des négociations est fragile et l’action sur le terrain sera garant de son succès.

Violence vs non-violence, le dilemme

Les poignées d’individus ouverts à la provocation et à la confrontation violente avaient jusqu’à récemment, été marginalisés.  Cette réalité a contribué à l’appui populaire de plus en plus impressionnant qu’obtient le mouvement étudiant.  On constate maintenant que la discipline des troupes et la clarté des consignes doivent être au cœur de la planification d’un mouvement de masse efficace.  L’effort de la CLASSE pour nuancer ses propos, et condamner des actes de violence physique; sans donner le sentiment qu’elle réprouve le comportement de certains des étudiants brutalisés par la police est un effort de nuance et de responsabilité.  Il est à souhaiter que la lutte se poursuive dans cette direction.

Bien entendu, il reste de nombreuses zones grises.  La désobéissance aux lois est elle une nécessité dans les luttes contre l’injustice?  Les précédents en matière de désobéissance civile nous indiquent que, oui!  L’action politique doit-elle se faire à visage découvert? Généralement oui, si elle reste purement non-violente… Comment rester non-violent, sans formation préalable à l’action non-violente?  Difficile dans un contexte de répression avec des gaz et de la fumée qui peut être déclenché par des provocateurs, provenant même de la police.  La destruction ciblée de propriété est elle un geste non-violent?  Dans notre société matérialiste la question est périlleuse.  Mais dans un contexte de respect total de l’intégrité physique et de prise de responsabilité des actes,  c’est vraisemblablement le cas.  On l’a vu à de multiples reprises face aux armes nucléaires.  Ainsi on constate que l’action politique et social lève des questions fondamentales et permet à nos jeunes de jauger leur sens de l’éthique, et des responsabilités.

Dans toutes les dynamiques de lutte politique, il y a des dérapages.   De ces situations peuvent émerger de profondes transformations pour la société ou un conflit qui s’enlise sans fin.  Le défi reste toujours de revenir aux enjeux à l’origine du conflit.

Une ouverture se crée

Cette année le « Jour de la terre », fut l’occasion pour plusieurs milliers de personnes de mettre un baume sur la frustration des jeunes, sur leur sentiment d’être seul et de ne pas être entendu.  La réflexion sur les questions de violence et de non-violence reste cruciale pour le déroulement harmonieux des discussions et la solution du conflit.

Malgré les hauts cris d’indignation de nombreux adeptes du statut quo et la hargne des analystes de colonnes de chiffres; le changement social a toujours un prix.  Ce n’est pas dans les idéologies, les lancées sur la vertu, le refus de dialoguer pour ne pas perdre la face ou les invectives populistes que se règle un conflit, et que se révèle la non-violence.  On amorce le règlement d’un conflit par les gestes courageux de désamorçage des violences sur le terrain, et par l’ouverture au dialogue dans le respect et la créativité.   C’est ce qui semble présentement se produire.

La non-violence n’est pas un dogme auquel on adhère, ou que l’on rejette.  C’est l’acceptation dans le respect que sur le terrain, le recours moyens violents émerge des peurs et peut entraîner des dérapages irréversibles (blessures graves, handicap à vie ou mort) qui multiplieront les haines et feront reculer les possibilités de dialogue.  La non-violence c’est la mise en œuvre de mesures préventives diversifiées repoussant les comportements violents de peur, de désespoir et de haine risquant de rendre insolubles les litiges.  C’est d’accepter courageusement, et sans compromis sur ses principes, les conséquences de ses actions.  C’est reconnaître le fait que la violence est un signe de faiblesse et d’impuissance, nuisible à la démonstration de pouvoir nécessaire au maintien du dialogue.  Mais, surtout, la non-violence, c’est aussi le courage de passer à l’action lorsque l’autre refuse le compromis.

La non-violence:

http://www.irnc.org/NonViolence/Signification/index.htm

C’est par ses gestes qu’on jauge la personne.  Le discours de justice doit s’accompagner d’action qui sont en accord avec les aspirations.  La fin est dans les moyens comme la graine est dans l’arbre.

http://nonviolence.ca/index.php/technique-de-laction-non-violente/