Les cadets ne sont pas des enfants-soldats

Lettre de Guillaume Bailly, Saguenay, publiée dans Le Devoir, 19 mars

Réaction à la lettre d’opinion intitulée «Les enfants-soldats de l’armée canadienne»

J’ai 24 ans et je vis à Saguenay. Ancien cadet, j’ai occupé tous les postes dans les escadrons 14 Shawinigan et 657 Saguenay, de recrue jusqu’à cadet-commandant, et ce, entre l’âge de 12 et de 19 ans. Votre article sans fondements ni nuances est tout aussi faux que décevant. Tout d’abord, les instructeurs de ces jeunes sont des officiers CIC et non des membres de la réserve locale. Ces CIC sont formés spécialement pour instruire des jeunes de 12 à 19 ans dans le cadre d’un programme de cadet. Il n’y a aucun militaire, ni de la réserve ni de l’armée régulière, qui a le pouvoir de donner un ordre à un cadet de quelque rang que ce soit.

Deuxièmement, les jeunes ne sont pas conditionnés à obéir au doigt et à l’oeil aux officiers puisque leurs supérieurs immédiats sont en réalité des jeunes d’un an ou deux leurs aînés. Le mouvement des cadets n’enseigne pas aux jeunes à obéir aveuglément mais bien à réfléchir car, dès l’âge de 14 ans, le jeune peut obtenir le grade de caporal (sous-officier subalterne) et a donc déjà quelques responsabilités.

Avant d’arriver à cela, on table sur le travail d’équipe et sur la motivation. Les objectifs du mouvement sont de former de meilleurs citoyens et de favoriser la bonne forme physique. Il y a quelques années s’ajoutait l’objectif suivant: «Développer l’intérêt envers l’élément [air, terre ou mer] des FAC [Forces armées canadiennes].» Cet objectif a été retiré du mouvement depuis le début de la campagne en Afghanistan. Les jeunes des cadets de l’air apprendront tout le nécessaire pour devenir pilote d’un appareil civil en plus de leur bagage militaire de base comme le respect, la discipline, la persévérance et l’endurance. Les jeunes de la marine apprendront à naviguer. Finalement, ceux de l’armée de terre verront le maniement des armes dans un contexte de champ de tir et non de combat.

Troisièmement, l’ordre de recruter, donné par le général Rick Hillier, cible les jeunes de 17 à 25 ans qui peuvent être enrôlés immédiatement et n’a rien à voir avec les jeunes de 12 ans du mouvement des cadets. Les stratagèmes de recrutement dont vous parlez n’ont en fait rien à voir avec le recrutement. Ils sont le coeur même du programme d’entraînement des cadets: les camps de survie en forêt la fin de semaine, les activités régulières (hebdomadaires) de formation musicale, de précision, de pilotage ou de tir, en plus de l’entraînement régulier, et enfin les formations avancées lors de camps d’été, notamment en exercices physiques, en survie, en leadership, en pilotage, en navigation et en tir.

On ne parle pas de ces choses pour recruter, on en parle parce que le mouvement, c’est exactement cela. Le résultat de votre recrutement par le truchement des cadets? Je peux vous fournir la statistique: sur 50 cadets recrutés chaque année dans un corps, seulement cinq termineront leur niveau 5 (fin de la formation en tant que cadet), et sur ces cinq, en moyenne deux rejoindront une unité de réserve ou une unité de l’armée régulière. Parmi eux, un seul décidera de faire son cours d’officier et devra compléter un baccalauréat dans un domaine pour pouvoir être reçu comme officier. Il poursuivra donc ses études.

Quatrièmement, vous confondez visiblement le recrutement au secondaire pour les cadets et le recrutement militaire aux niveaux postsecondaires. Les policiers, les pompiers et les athlètes vont tous faire des démonstrations dans les écoles à différents niveaux scolaires pour expliquer leur métier, qui comporte certains risques.

Vous évoquez les décès. Quatre-vingts morts sur combien de militaires engagés au pays? Connaissez-vous les statistiques des décès chez les policiers, les pompiers ou, tout simplement, les conducteurs d’un véhicule? La carrière militaire est un métier à part entière qu’on a le droit d’expliquer et de présenter.

Les missions de combat en sont une partie, mais en moyenne, un militaire effectue deux services de six mois en mission au cours d’une carrière de 20 ans. La moyenne n’est pas élevée par rapport aux policiers qui risquent leur vie chaque jour dans les rues. Le mouvement des cadets se dissocie de cela car, parmi les jeunes qui en font partie, le taux de décrochage scolaire, de consommation de drogue ou d’actes criminels est nettement inférieur à celui du reste de la population. Ces jeunes, qui ont reçu des connaissances et des compétences dans la vie, s’accrochent à leur réussite au lieu de courir à leur perte.

En conclusion, si vous ne connaissez rien à un mouvement, vous devriez vous abstenir de lui jeter le discrédit, car vous pouvez être certain que la pierre vous sera correctement retournée.