L’Armée au cœur de la crise carbonique !


Nous sommes tous conscients que les enjeux prioritaires de notre sécurité collective se sont déplacés. Aussi la lutte pour le climat se mène-t-elle avec un grand sentiment d’urgence. Pour contrer de nombreuses menaces relatives au dérèglement climatique, nous sommes à la recherche d’avenues les plus rapides et efficaces pour renverser la vapeur. La société humaine risque effectivement la désagrégation à cause de cascades d’aléas climatiques. Mais, au moment même où la lutte ne demande qu’à être généralisée, nous devons faire face à une triste réalité : les armées et les opérations militaires constituent d’imposantes sources de combustions et les armées nationales demeurent des priorités dans tous les pays. Nos États sont-ils toujours garants de notre sécurité?

Décollage de bombardiers lourds américains.


Armée et combustion


Non seulement les armées du monde sont d’immenses consommatrices de ressources naturelles, surtout minières, mais aussi la production des équipements de combat et de blindage, l’hébergement d’un grand nombre de militaires, le maintien opérationnel de leurs lourds équipements nécessitent un apport énergétique sans pareil.


Selon des recherches récentes, dans sa guerre contre le terrorisme, l’armée américaine aurait produit 1,2 milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Il faut comprendre qu’aucun véhicule blindé, aucun avion supersonique ou transporteur lourd blindé ne fonctionne à l’énergie solaire. Rien que pour le déplacement de blindages par des avions pour des entraînements ou dans le cadre d’un conflit, la consommation énergétique des armées est comparable à celle de 257 millions de voitures particuliers par an, soit pour autant d’émissions que les véhicules immatriculés aux États-Unis, au Maroc, en Suède et en Suisse combinés.


En termes de combustion d’énergies fossiles, nul besoin de souligner que la part des missions militaires de combat constituent en elles-mêmes un désastre écologique. Les émissions totales des opérations terrain de la seule armée américaine résultant d’activités liées à la guerre en Afghanistan, en Iraq et au Pakistan avoisinaient les 400 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone.


Le maintien de la capacité militaire de réaction, ce qu’on appelle l’état de préparation logistique militaire, regroupe d’énormes opérations coûteuses en termes d’impacts climatiques. Peu importe que la croisade soit de type maintien multilatéral de la paix, d’assistance à des puissances alliées ou d’agressions militaires punitives, une armée, pour rester fonctionnelle doit continuellement être sollicitée. Et ce n’est pas seulement dans le cadre de visibles et médiatisées missions d’assistance civile.


Le jardin secret des armées


Les autres pays du monde participent à ce festival proportionnellement à la grandeur de leur armée et de l’importance de leur quincaillerie. Et fort malheureusement, il est difficile de brosser un tableau précis des consommations et émissions attribuables à ces institutions. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 par 154 États. Un compromis survenu lors des négociations a autorisé d’exclure la comptabilisation et la divulgation des émissions des instances militaires.

Sommet après sommet, les gouvernements américains, notamment, ont imposé cette opacité, continuant ainsi de nuire considérablement aux efforts de réduction des émissions. Le département américain de la défense (DOD) n’est-il pas le plus grand émetteur institutionnel de gaz à effet de serre au monde? Le Canada ne compte pas les émissions de gaz à effet de serre pour les opérations menées à l’étranger par ses forces militaires. Entre octobre 2014 et février 2016, cela comprend les 1 378 sorties effectuées par les CF-18 Hornets au-dessus de l’Iraq et de la Syrie dans le cadre de l’opération IMPACT.


Malgré les pressions (…), les délégués américains ont tout de même maintenu avec succès des règles internationales fermes en faveur de l’exemption des émissions par des opérations guerrières à l’étranger. Depuis Kyoto, les émissions n’ont été rapportées à l’ONU tant pour les forces aériennes, navales que terrestres.


Une composante essentielle fait donc défaut quand il s’agit d’évaluer les efforts de lutte aux changements climatiques d’effectuer des suivis par rapport aux émissions et les efforts réels de réduction.

Sécurité étatique ou globale?


Les armées demeurent mandataires de l’essentiel des fonds publics associés à la sécurité de l’État. Les contribuables canadiens consacrent actuellement autour de 28 milliards de dollars au ministère de la Défense nationale et à sa stratégie de défense. La plus récente commande détaillée, révélée par politique conservatrice de défense du gouvernement Harper « Le Canada d’abord », publiée en juin 2008, annonçait des programmes d’acquisition de 490 milliards supplémentaires en équipements militaires sur une vingtaine d’années et devait faire doubler le budget de la défense; un passage de 20 milliards à 40 milliards par année.


Les traumas de la Première et de la Seconde guerre mondiale semblent poursuivre leur œuvre chez les militaires. Quand on parle de sécurité, le concept de référence reste la « Sécurité nationale », un système conçu dans l’idée de faire face à l’agression d’un autre État. Il faut protéger notre État et son armée contre les autres États et leurs armées, il faut garder les militaires aussi libres que possible des restrictions imposés aux États, afin de préserver la Sécurité nationale…


Mais si l’enjeu sécuritaire le plus menaçant pour l’humanité n’est plus l’éventualité qu’un État en attaque un autre, le monde n’est-il pas tenu de s’engager pour un nouveau concept « global » de la sécurité? Non seulement du fait que dans le contexte actuel un État seul ne peut plus garantir sa sécurité, mais aussi parce que nous en sommes à nous demander s’il restera des États peuplés d’humains pour continuer ces formes de conflit. Le défi le plus important à relever est d’assurer la sécurité de tous face aux nouvelles menaces qui iront en s’amplifiant très rapidement, des menaces qui risquent d’affecter l’existence de l’humanité : les perturbations climatiques avec leur lot de conséquences (comme les migrations massives, la baisse des récoltes agricoles, les inondations, les extinctions) et la prolifération nucléaire.

Ce texte a été rédigé en s’inspirant du travail de l’organisation Voice of Woman for peace et des travaux du comité Ecology and Action de l’Université de Dalhousie; deux documents qui réfèrent aux travaux de Tamara Lorincz, produits dans le cadre de son doctorat à la Balsillie School of Affaires internationales. Plus de détails…

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