Intervention citoyenne et civile

Écrit par Normand Beaudet

Le discours « sécuritaire » est à la mode. Le terroriste international, ou le sinistre membre d’un gang criminel, peut surgir et frapper en tout temps et partout où se rassemblent des citoyens (autobus, trains, rassemblements, etc.). L’agression peut survenir, une bombe peut sauter; la société doit se protéger, et les entrepreneurs en quincailleries de lutte à la peur accourent tandis que le gouvernement s’efforce de distribuer des milliards.

Obsession sécuritaire 

Aux portillons des édifices parlementaires se bouscule présentement le spectre complet des lobbyistes. Les entreprises de fabrication d’armes, les constructeurs de prisons, les services de surveillance, les concepteurs de technologies de détection ou des infrastructures de traitement d’informations : tous revendiquent l’étanchéité des frontières, le meilleur équipement de l’armée, plus d’effectifs policiers et des services de surveillance.  La peur, de menaces réelles ou fictives, est devenue le fer de lance de l’économie.

Une forme d’obsession sécuritaire a été insidieusement inoculée dans nos vies depuis le 11 septembre 2001.  On nous persuade que la sécurité est l’affaire des gouvernements.  Ils doivent en assumer la responsabilité en y engloutissant taxes et impôts.  Peu importe le pallier gouvernemental, nos deniers sombrent dans les abysses sécuritaires. Les agences de sécurité et entreprises de hautes technologies performent comme jamais en bourse.

Se réapproprier la sécurité :

Et si la véritable sécurité reposait sur la solidarité internationale et la justice économique ?  N’est-ce pas sur cette base que s’est construite la réputation internationale de notre pays?  La construction de liens communautaires plus solides permettent de briser l’isolement et d’assurer le soutien actif à des initiatives de solidarité citoyennes constructives.

L’équipe du Centre entame présentement une réflexion en ce sens.  La sécurité est-elle l’affaire de tous?  Le niveau d’insécurité des gens ne serait-il pas proportionnel à l’individualisme et au manque de soutien mutuel citoyen ?

Intervention citoyenne 

La mise en place d’un service communautaire de loisirs dans les municipalités est un acquis.  Il est par contre curieux de constater que les municipalités investissent prioritairement dans les services policiers, mais très peu dans les initiatives communautaires de solidarité et de prise en charge citoyenne.  Comment expliquer le sous financement chronique des maisons de jeunes et des services communautaires de première ligne qui répondent aux besoins fondamentaux des citoyens les moins bien nantis?  La grande majorité des municipalités n’ont pas de travailleurs sociaux à leur service.

Les services communautaires de médiation, de gestion des conflits et de justice réparatrice sont pratiquement inexistants.  La désinstitutionnalisation des victimes de troubles mentaux n’a mené qu’à peu d’initiative de prise à charge communautaire.  Les réseaux d’entraide citoyenne ne sont ni encouragés, et lorsqu’ils existent, sont peu soutenus.  L’espace pour l’intervention citoyenne en prévention des conflits et de la violence est énorme.  Nous devons garder à l’esprit que le recours à la violence est un acte de désespoir.  Briser les tendances à l’individualisme et à l’isolement est la clé.

Intervention civile 

Les organismes internationaux pour la paix expérimentent l’intervention civile depuis près de trente ans.  L’intervention militaire a ses limites, on le constate quotidiennement.  Plus souvent qu’autrement, elle ne règle rien et envenime la situation.  La présence physique d’organismes internationaux offrant un accompagnement préventif à des personnes dont les droits humains sont menacés est devenue un moyen efficace de détection précoce des crises et des conflits.  Cette intervention civile, couplée à la mobilisation d’organismes de paix spécialisés en gestion des conflits et en prévention de la violence a toutes les chances de réduire efficacement l’émergence de crises et de conflits violents.  Ignorées, ces confrontations pourraient entraîner le recours à des forces armées, lorsque le niveau de polarisation et de haine a atteint son paroxysme.  À cette étape, il est souvent beaucoup trop tard pour agir.

Intervention citoyenne et intervention civile sont les deux faces d’une même médaille. La matière première est la même :  il est question de vigilance et d’intervention préventive.  On parle de s’assurer que les besoins élémentaires des populations soient satisfaits.  L’approche est d’accompagner les personnes vulnérables sujettes au désespoir et à la violence.  Il faut transmettre les habiletés élémentaires au niveau de la gestion des conflits et accompagner ces gens dans l’implantation d’une justice qui a pour but de réparer les dommages sociaux commis lors de délits.

La sécurité ne devrait pas être la chasse gardée des gouvernements.  Le citoyen doit se réapproprier ce rôle fondamental.  Celui de tisser autour de lui une toile de soutien permettant de faire face à ses peurs. La paix se construira grâce aux actions de solidarités sociales, pas avec la quincaillerie de surveillance.

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Le regroupement des maisons de jeunes du Québec

« Les maisons de jeunes font donc résolument partie de l’action quand on parle de prévention auprès des adolescents. Ce qui reste inquiétant dans notre situation, c’est le financement. Plusieurs maisons de jeunes sont carrément dans des situations de survie alors que la majorité fonctionne tant bien que mal avec des ressources financières et humaines insuffisantes. Nous avons besoin de sommes supplémentaires pour poursuivre la mission des maisons de jeunes en préservant le lien significatif entre les jeunes qui fréquentent nos maisons et les adultes qui y travaillent, lien de confiance sur lequel repose le cœur du projet maisons de jeunes dans plus de 350 localités du Québec. »