Diversité des tactiques : Rompre avec l’ambiguïté qui nuit à l’action sociale

ll est édifiant de parcourir les documents théoriques et la litanie de justificatifs publiés sur la diversité des tactiques de lutte sociale depuis le Sommet de Québec en 2001. On constate rapidement que la « diversité des tactiques » est utilisée comme un euphémisme pour parler de l’ouverture à certaines tactiques de lutte sociale violentes.

Sommet des Amériques, 2001. (Photo: Le Soleil)

Sommet des Amériques, 2001. (Photo: Le Soleil)

Le principe d’autonomie, l’ouverture à une « liberté d’expression politique » laissent plus ou moins subtilement la place au saccage ciblé, à la provocation violente et même au recours direct à la  violence contre les personnes symbolisant l’autorité. L’action sociale violente devient une forme de « légitime défense de l’opprimé » contre l’oppresseur omnipotent.

On a l’impression d’entendre la cassette de la National Rifle Association au sujet du droit pour le citoyen au port d’arme contre l’État, une idéologie de l’action sociale déconnectée de la réalité et qui doit être sévèrement condamnée.

Nous en convenons, pour faire changer une situation, il est toujours préférable d’envisager une variété de moyens d’action. Essentiellement parce que le choix d’une tactique dépend toujours du contexte et des acteurs en présence. Mais pour une certaine élite de l’anarcho-révolte, « diversité des tactiques » rime avec ouverture à la violence et à la confrontation. C’est l’utilisation du principe de la diversité des tactiques pour justifier des dérapages qui, en fin de compte, nuit à la crédibilité des luttes sociales et justifie des politiques plus répressives.

Le défi majeur de l’action militante reste toujours de maintenir le lien avec la réalité des groupes opprimés. Il faut bien que les moyens de l’action militante favorisent la mobilisation des victimes et permettent au plus grand nombre de passer à l’action. Il s’agit de faire en sorte que l’action sociale débouche sur un mouvement de masse.

L'action non-violente du peuple Innu pour le Nitassinan; contre les vols à Basse altitude de chasseurs de l'OTAN, basés à Goosebay a fait l'histoire. Les autochtones ont occupés pendant plusieurs semaines les pistes, hommes, femmes enfants... (Photo: inconnu)

L’action non-violente du peuple Innu pour le Nitassinan; contre les vols à Basse altitude de chasseurs de l’OTAN, basés à Goosebay a fait l’histoire. Les autochtones ont occupés pendant plusieurs semaines les pistes, hommes, femmes enfants… (Photo: inconnu)

Dans le cas de la lutte contre les vols militaires en basse altitude au Labrador (le Nitassinan), les Innus du Nord du Québec s’opposaient à l’expansion d’une base aérienne de l’OTAN servant à l’entraînement des pilotes de chasse pour éviter la détection radar.

Les autochtones se sont mobilisés et ont reçu l’appui des organisations pour la paix. Ils ont occupé en permanence les champs de pratique et, malgré les arrestations et la répression, ont progressé vers l’occupation des pistes. Les campagnes de solidarité se sont multipliées et les autochtones ont participé à des actions de désobéissance civile contre le Quartier général de la défense à Ottawa. L’impact fut important!

Dans une telle campagne, fallait-il laisser libre cours à une diversité qui ouvre la voie à des  tactiques agressives ou à la confrontation violente? Les Innus auraient-ils accepté de participer à une campagne qui aurait délégitimé leur lutte et empêcher femmes, enfants et vieillards de lutter? La réponse est simple. Aucune chance ! Les meilleurs moyens de lutte sont ceux qui permettent   la majorité des victimes de se mobiliser et de bénéficier d’un soutien généralisé.

On peut également prendre le cas de l’action d’opposition au recrutement militaire dans les institutions scolaires du Québec. Dans une telle action, il importe d’aménager l’espace nécessaire pour véhiculer le message central de la campagne : les écoles ne doivent pas devenir des lieux où l’on entraîne les jeunes vers des situations où ils sont en devoir inévitable « de tuer ou d’être tué ».

Dans le cadre d’une telle campagne, le moindre dérapage est utilisé contre les militants. La gigantesque machine à propagande à laquelle ils font face a les moyens de contrer toute action de violence. C’est à ce titre que nous avons condamné l’attentat contre un Centre de recrutement des Forces canadiennes à Trois-Rivières. Il n’a en rien contribué à la campagne et ne fait pas le poids face aux images d’enfants manipulant des armes dans les camps de cadets et dans le Vieux-Port de Montréal.

L’arrivée des promoteurs de l’action sociale par n’importe quel moyen, incluant le recours à la violence, a fait le jeu du pouvoir depuis 2001. Elle a considérablement fait reculer les luttes sociales au Québec.

Il est temps que cesse cette fumisterie!