Bâtir le pouvoir citoyen

Écrit par Normand Beaudet

Inondations au Saguenay, Lac-Saint-Jean en 1996. (Photo: Pierre Côté)

Inondations au Saguenay, Lac-Saint-Jean en 1996. (Photo: Pierre Côté)

Nos décideurs tant privés que publics sont de plus en plus appelés à des approches d’intervention innovatrices face aux situations de crise, que celles-ci soient d’ordres économique, social, technologique ou environnemental.

Des phénomènes générateurs de sinistres occasionnent des pertes de vies humaines et de biens, des perturbations sociales et économiques ou une dégradation accrue de l’environnement et semblent de façon croissante exiger des structures d’actions citoyennes plus vigoureuses.

Après la crise du verglas, les inondations du Saguenay, les crises sanitaires et  alimentaires ou celle du SRAS, certains mécanismes de vigie ont été mis en place, mais de nombreuses communautés se trouvent toujours démunies et vulnérables.

Pylones d’acier pliés jusqu’au sol durant la crise du verglas, janvier 1998. (Photo: Jacques Boissinot)

Pylones d’acier pliés jusqu’au sol durant la crise du verglas, janvier 1998. (Photo: Jacques Boissinot)

Plusieurs communautés rurales vivent un processus de déstructuration accéléré et perdent des services aussi essentiels que l’accès à l’eau potable, un service d’incendie, l’accès garanti à un transport d’urgence, l’encadrement de la relève, l’assistance aux personnes âgées, etc.  Des communautés urbaines se voient déchirées par le développement sauvage de méga projets immobiliers, voient s’accroître le désœuvrement, la violence urbaine et subissent un appauvrissement accéléré.

Dans plusieurs communautés à travers le Québec, c’est en fait l’aptitude à s’adapter, résister ou se transformer en vue de maintenir son fonctionnement normal dans des situations difficiles qui est atteinte.

Pendant ce temps, ceux qui sont investis du pouvoir d’utiliser les impôts qui leur sont confiés doivent souvent décider de prendre en charge ces situations moyennant des ressources qui ne peuvent qu’atteindre leurs limites.

Il en sera toujours ainsi tant que ne seront adoptées des mesures permettant d’agir autrement.

Agir autrement, c’est commencer par mettre en place une véritable démocratie participative.

Livre de Marcel SévignyDans son récent livre, Et nous serions paresseux, publié aux éditions Écosociété,  Marcel Sévigny, militant de l’action communautaire, invoque à juste titre la force d’une démocratie participative. Celle-ci donne aux citoyens la juste impression « que leur point de vue est considéré, et ça, de façon transparente».

Il semble de plus en plus nécessaire de mettre en place des mécanismes de consultation véritablement populaires permettant aux citoyens de se regrouper afin de faire valoir, en toute autonomie, leur point de vue sur les enjeux qui les touchent directement.

Par ailleurs, des structures doivent être mise en place pour favoriser une plus grande prise en charge des citoyens sur la totalité du territoire.

Et nous n’avons heureusement pas à tout reprendre. La majorité de nos organismes de service civil volontaire jeunesse ont été créés dans les années 70-80 et poursuivent des missions qui répondent encore bien aux besoins actuels. Dans la plupart de cas, il ne s’agit que de leur appliquer quelques reformulations pour obtenir des organismes jeunesse dédiés au développement du pouvoir citoyen et en mesure de reconstruire une capacité de résilience.

À titre d’exemple : Chantiers jeunesse est un lieu de recherche et d’innovation ainsi qu’un laboratoire de pratiques sociales. Par le retour de jeunes citoyens actifs et engagés dans les communautés, ses projets aident à reconstruire et à redynamiser des milieux de vie.

Jeunes volontaires du programme Jeunes leaders en action Indonésie-Halifax.

Jeunes volontaires du programme Jeunes leaders en action Indonésie-Halifax.

Des lieux d’apprentissage et de formation en collaboration avec des partenaires divers sont offerts. Les jeunes apprennent à appuyer le développement communautaire ; Ils s’initient à la prise en charge de leur milieu de vie et peuvent accomplir cette mission dans un esprit de solidarité et de respect des différences.

Il s’agit par ailleurs d’un projet intéressant inscrit dans un mouvement international qui privilégie le service civil  volontaire  et vise le développement des collectivités locales.

Dans ce cadre, un travail actif au niveau de la construction d’une démocratie communautaire peut se réaliser. Il permet de faire émerger, une plus grande justice sociale et une culture de paix et de non-violence.

Québec Sans Frontières.

Québec Sans Frontières.

En fait, au Québec et au Canada, nous sommes particulièrement bien munis d’organismes de service civil qui ont des objectifs similaires à ceux de Chantiers Jeunesse : le mouvement Katimavik, l’organisme fédéral Jeunesse Canada Monde et le programme Québec Sans frontières. Partiellement redéfinis, ces organismes pourraient jouer un rôle important dans la revitalisation des communautés et la construction des pouvoirs citoyens.

Les organismes dont nous avons besoin existent déjà. Il ne nous reste qu’à les soutenir, adapter leurs missions et objectifs pour continuer d’être à la hauteur de nouveaux enjeux globaux.