Armes, mines d’uranium et centrales nucléaires : le risque de terrorisme et de prolifération

Écrit par Pierre Jasmin

13 avril 2011. Un mois après l'explosion d'un réacteur de Fukushima, des activistes de Greenpeace bloque l'entrée du siège social d’Hydro-Québec pour réitérer leur demande de fermeture de Gentilly-2. (Photo: Greenpeace)

13 avril 2011. Un mois après l’explosion d’un réacteur de Fukushima, des activistes de Greenpeace bloque l’entrée du siège social d’Hydro-Québec pour réitérer leur demande de fermeture de Gentilly-2. (Photo: Greenpeace)

La catastrophe de Fukushima au Japon fut suivie par une conférence de presse organisée par les Artistes pour la Paix pour le mouvement Sortons le Québec du Nucléaire, de l’Association Québécoise pour la Lutte contre la Pollution Atmosphérique, de Maîtres chez nous 21e siècle, de Nature-Québec, de Greenpeace, de la Fondation David-Suzuki, des Professionnel-les de la Santé pour la Survie Mondiale, du Réseau québécois des groupes écologiques, du Regroupement pour la surveillance du nucléaire et de Québec Solidaire.

Gentilly II et mines d’uranium : notre lutte au Québec

On se souviendra qu’avec Amir Khadir, j’avais rédigé pour l’Assemblée Nationale la première pétition exigeant la fermeture de Gentilly 2 et l’abandon de l’achat par Hydro-Québec de la centrale néo-brunswickoise de Pointe-Lepreau : sa réfection, toujours non complétée, accuse maintenant trois ans de retard et près de deux milliards de $ de dépenses supplémentaires. Au moins, notre pétition a eu pour effet de faire reculer Jean Charest et d’épargner ces dépenses absurdes au Québec.

Le jour de la conférence de presse, la chef de l’opposition, madame Pauline Marois, qui s’était fait représenter à la conférence par M. Yves-François Blanchet, député de Drummond, se prononçait contre le gaspillage insensé que représenterait la réfection de Gentilly II, surtout à la lumière des coûts pharamineux de la réfection de Pointe-Lepreau. Madame Marois était appuyée par les députés McKay, Drainville, Gaudreault, Aussant, Ouellet et Champagne. Puis, alertés par les articles informés de Louis-Gilles Francoeur, deux éditoriaux de la Presse et du Devoir nous emboîtaient le pas en dedans de 48 heures. Animateur de cette conférence de presse, j’y avais prononcé l’avertissement suivant, hélas réaliste : « Nous craignons de la part de nos deux gouvernements conservateurs, fédéral et provincial, qu’ils affaiblissent les lois et règlements de protection en vigueur. »

À peine trois semaines après notre conférence de presse, la Commission canadienne de (soi-disant) sécurité nucléaire débutait ses séances matinales à Bécancour, devant trois cents personnes environ, dont 85 à 90% de mâles en complets-cravates sombres, représentants de firmes de génie-conseil, syndicalistes tel M. Arsenault à la tête d’une FTQ proche de Tony Accurso et d’autres entrepreneurs en béton, alléchés par les nouvelles normes internationales réclamant des enceintes de béton trois fois plus épaisses que celles de Gentilly 2 : le béton renforcé empêcherait théoriquement des réacteurs en fusion de creuser le China syndrome. Mais les nouvelles normes ne règleraient absolument pas le toujours insoluble problème des déchets nucléaires. Les piscines, en particulier, où sont entreposés plus d’un millier de tonnes de produits radioactifs vont continuer d’être à découvert, cibles parfaites pour un attentat terroriste à bord d’un avion léger. Imaginons en outre une secousse sismique qui déverserait ces déchets dans le fleuve Saint-Laurent, en les mélangeant aux « près de 250 000 mètres cubes de produits chimiques hautement réactifs, dont des anciens explosifs de CIL, enfouis dans Servitank, au parc industriel de Bécancour, et aux trente millions de litres de paraffine et d’alkylbenzène linéaire (ABL) d’extrême toxicité » (selon le mémoire déposé à la CCSN par l’agronome retraité maskoutain, M. Guy Rochefort). Déjà que, comme toutes nos centrales canadiennes, Chalk River en Outaouais, – objet du renvoi de l’ex-présidente de la CCSN madame Linda Keen jugée trop obsédée de sécurité par M. Harper -, a la permission de polluer au tritium à 7000 becquerels par litre, c’est-à-dire au-delà de soixante fois les limites imposées en Europe et en Californie! Les Professionnel-les de la Santé pour la survie Mondiale, en particulier les docteurs Ian Fairlie, Éric Notebaert et Michael Dworkind, ont documenté les leucémies et autres effets nocifs de ce tritium chez les habitants à moins de 5 kms des centrales.

En avril dernier, à la Sala Rossa à Montréal,  j’ai présenté nos arguments anti-nucléaires à la communauté japonaise, très affectée par la tragédie de Fukushima, puis deux semaines plus tard à la Place des Arts, les Artistes pour la Paix organisaient une commémoration en films, chansons et poèmes du triste 25e anniversaire de l’accident de Tchernobyl. Dr. Janet Sherman et l’Académie des Sciences de New York, en conjonction avec des chercheurs biélorusses, ukrainiens et russes ont démontré, avec quelques erreurs méthodologiques qui les ont amenés au chiffre exagéré d’un million de morts, que cet accident a été néanmoins infiniment plus mortel qu’on a voulu nous faire croire. Nos amis Mohawks et métis ont participé avec éclat à cet anniversaire, et à notre tour nous nous sommes joints à eux, fin juin à Champlain, de l’autre côté du fleuve, en canots et en rabaskas, pour incidemment dénoncer en conférence de presse une fuite radioactive qui venait de survenir à Gentilly II, à l’insu des journalistes floués comme nous par la trahison de l’engagement gouvernemental de nous en tenir informés.

Aujourd’hui, nous nous informons ensemble en espérant que le gouvernement écoutera la population qui s’est prononcée à majorité contre la réfection absurde de cette vétuste et dangereuse centrale nucléaire. Nous sommes en outre en faveur du démantèlement rapide de Gentilly I, opération qui fournirait un précieux know-how, sans doute exportable notamment au Japon et à l’Allemagne qui s’apprêtent à démanteler leurs centrales. C’est une opportunité économique urgente dont M. Harper ne comprend pas l’importance!

Nous appuyons en outre les représentants du SISUR qui livrent un combat essentiel pour préserver Sept-Îles d’une exploitation minière d’uranium qui menacerait leur source d’eau potable. Il faut appuyer aussi Ugo Lapointe (Pour que le Québec ait meilleure mine), présent il y a deux semaines à Tout le monde en parle avec Richard Desjardins pour mousser le film Trou Story et leur combat contre le projet minier d’uranium des monts Otish en Abitibi. N’oublions pas que la bombe de Hiroshima a sans doute été construite avec de l’uranium canadien et que si exploiter ce minerai menace d’une part la source de nos rivières et nos nappes phréatiques, cela pourrait d’autre part nous valoir à l’international, en cas de déclenchement même accidentel d’une bombe atomique, des accusations de « complicité à acte de destruction massive » et nous rendrait tous moralement coupables et (pour ceux qui comme MM Harper et Charest semblent ne pas avoir de moralité) tous passibles de payer des dédommagements de dizaines de milliards de $. Déjà que les déchets radioactifs emportés par le raz-de-marée à Fukushima dérivent vers le continent américain qu’ils pourraient atteindre en 2014 et que d’éventuels avocats de plages californiennes pourraient bien se souvenir que c’est l’uranium de Saskatchewan qui fut utilisé par TEPCO à Fukushima.

En conclusion : le 15 octobre, après mon discours, j’ai manifesté dans les rues de Bécancour. Il est encourageant de constater que la société civile s’implique de plus en plus. Bref, si les écologistes sont de plus en plus conscients qu’il leur faut travailler pour la paix, nous pacifistes sommes de plus en plus conscients que nous devons travailler pour la préservation de l’équilibre écologique. C’était d’ailleurs le but profond que je poursuivais en invitant Pierre Dansereau à s’allier avec les Artistes pour la Paix en 1991 : Pierre croyait fermement au développement durable qu’il appelait viable, parce que dans viable il y a le mot vie!

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Le texte contient des éléments d’une conférence prononcée le 15 octobre dernier à Bécancour pour le mouvement Sortons le Québec du Nucléaire dont Pierre Jasmin, vice-président des Artistes pour la paix, est un des co-fondateurs.